BENJAMIN BARQUON

- Soyez meilleur que vous-même -

Natureman VAR 2017

11/10/2017 - 33


J'ai survécu !

Cela peut paraître fort comme formulation mais dans les faits c'est simplement réaliste.

Je laisse un peu de suspense, la raison et les explications suivront.

Pour ceux qui ne veulent que des chiffres, c'est ici


Dimanche 08 Octobre 2017 a eu lieu le Natureman et j'y étais.

Mais tout a commencé le Samedi 07 avec le voyage.

Transporter tour ces sacs (un sac à dos, un petit sac de sport et un gros sac à vélo) jusqu'à la gare m'a rappelé à quel point investir dans un sac avec roulettes pouvait être une idée de génie.

On se retrouve (Lorenzo, Aurélien et moi) pour prendre le RER direction Paris, Il faut avouer on prenait un peu de place...


Après 3h de TGV nous arrivons à Aix-en-Provence.


Récupération de la voiture (5008 Peugeot) de location et premier défi : tout rentrer dedans.


2h de route plus tard arrivée au camping, après la réservation de l'emplacement et la récupération des dossards un petit tour par le lac s'impose.


La nuit fût super fraîche et vivifiante.

M'étant couché en caleçon et duvet ouvert j'ai eu la bonne surprise à 2h du matin de me réveiller frigorifié et j'au vite sauté dans mes habits avant de poursuivre ma nuit sur un matelas d'un demi-centimètre (mauvaise idée) et sans oreiller (seconde mauvaise idée).

Réveil à 6h00 après une nuit très difficile, petit dej entre triathlètes (avec d'autres du camping), douche puis GO préparer le vélo.

8h départ pour le parc à vélos (qui ferme à 8h45).


On prépare nos affaires, on commence à entrer dans la course.

Petite photo de groupe avant que tout le monde autour ne soit trop focus ... et surtout de devoir fermer les sacs et laisser le téléphone :)


Les combinaisons sont enfilées, les vélos accrochés, les affaires préparées, les sacs déposés, les triathlètes motivés.

On se dirige vers la plage.

Nous sommes à 25minutes du départ, plus question de s'en poser, on va en chier pendant des heures, on le sait on a signé pour.


08h50 départ des filles.

On les encourage depuis la plage puis un petit plouf dans l'eau histoire de faire entrer de l'eau dans la combi.

Très important aussi, la gestion des lunettes (je crache dedans et rince le tout, donc il me fallait de l'eau).

08h55 on retourne sur la plage.

H -10min, j'entre dans ma bulle, pense à ma course, revois le tracé mentalement.

H -5min, je place la montre en mode triathlon.




Départ Natation.

Comme toujours ça frotte beaucoup.

Mais aujourd'hui nous sommes plus de 1000 au départ donc ça frotte pas mal :)

Je fais 100-150m sans poser ma nage mais en évitant précautionneusement de manger un pied ou une baffe.

Vers 150-200m tout se calme et je peux suivre un mec devant.

La première bouée est à 350m de départ donc il faut assurer ce premier virage et après trouver un bon pack.

Le passage de bouée est chaud mais comme toujours ça passe.

Je mets un petit coup d'accélérateur sur 10-20m histoire de voir qui a ce rythme puis je glisse dans les pieds d'un mec ayant cette vitesse.

Technique validée lors de l'IronBreizh.

Il faut juste faire attention à 2 choses, que le mec suivi tire droit et qu'il ne me mette pas dans un faux rythme.

Afin de vérifier ces deux points j'ai une technique redoutable.

Pour l'orientation, je regarde la direction toutes les 3-4 respirations (comme je ne suis pas sensé me diriger je fais juste des vérifs moins fréquentes).

Pour le rythme, de temps en temps (on va dire tous les 3 vérif de direction) je tente d'accélérer un peu et si je sens que je le remonte facile je garde ce tempo pour retrouver de nouveaux pieds.

Je ne suis pas un top nageur donc idéalement il y a toujours quelqu'un à qui prendre les pieds...

Je dis bien idéalement car à Bois-le-Roi j'ai bien eu du mal à trouver des pieds et encore plus des fiables !


Sortie à l'australienne (950m), le mec dont j'ai suivi les pieds depuis la bouée des 350m dit à un autre "prends mes pieds je prends le relais".

Et oui, on fait tous pareil :D

Bref je repère le mec sensé prendre les pieds de mon poisson pilote et on plonge pour 1050m de retour vers le parc.

Je suis super frais, je n'ai lâché AUCUNE force sur ces presque 1000m et c'est parfait.

La natation est un sport que j'adore mais surtout quand on nage souple :D

Mon nouveau poisson pilote est assez moyen dans ce rôle et ça frotte à nouveau.

Je décide de tirer un peu sur 50m et voir ce qui reste autour.

Lors du briefing la veille on nous avait annoncé que la montgolfière serait présente pour nous guider et qu'il faudrait simplement la suivre au retour.

Je vise donc ce gros ballon et trouve des pieds.

On double des nanas (paries 15min avant... pour elles la journée va être longue je me dis).

Après quelques centaines de mètres je constate que je suis toujours bien dans des pieds mais avec des paddles à côté.

Ce n'est jamais bon car souvent signe que tu es loin de la trajectoire idéale (ou premier ... donc dans mon cas ceci n'arrive pas).

J'abandonne mon prédécesseur à son triste sort de dérive et tire à gauche (une grosse masse de nageurs s'y trouve).

En effet il y a une bouée un peu à gauche, j'ai donc fait un détour de quelques mètres, rien de fou.

Je remets des jambes pour retrouver un groupe et préparer doucement la transition.

Parfait, me revoilà dans la masse.

On passe la bouée et je vois le ponton que l'on doit contourner.

Soyons sérieux, l'histoire du ballon c'était une info de merde :D

On passe le ponton, il reste maximum 15m donc je prépare ma sortie en mettant encore un peu plus de jambes.

On arrive sur la plage, on monte sur le tapis rose.


Bilan de ma natation,

Chrono officiel : 00:36:28

Classement officiel : 278 / 1082

Ressenti : J'ai tout nagé souple et détendu et je sors un temps correct, la natation est bien mon point fort sur L.



Première transition.

Tout en remontant vers le parc, je laisse mon bonnet et mes lunettes dans la manche de la combi.

Je mets ma combi à la taille et dès que j'arrive à mon vélo je la descends sous les fesses puis je m'assied.

Une fois les fesses au sol je retire ma combi, enfile mes chaussettes et mes chaussures.

Je me relève, clipse ma ceinture porte-dossard, mets mes lunettes, mon casque et attache ce dernier.

J'attrape mon vélo et c'est parti pour le côté rigolo de la journée.

Non, je ne parle pas du vélo, là ce sera moins drôle ...

Je parle bien de la sortie du parc.

En effet, celui-ci est long car nous sommes 1300 inscrits et notre emplacement est juste à côté de la sortie de l'eau et du départ CAP, donc naturellement très loin de la sortie vélo.

Je dois donc traverser tout le parc en poussant mon bolide.

Et il est graaaand ce parc :D

Nous avions repéré le truc la veille, on s'était dit que l'on allait pousser beaucoup le vélo et bien c'est vrai :D

Bref j'arrive à en sortir, lancer le GPS (oups j'avais oublié ça avant la course).


Bilan de la transition,

Chrono officiel : 00:03:22

Classement officiel : 429 / 1082

J'aurais pu faire mieux si je n'avais pas dû régler mon GPS pendant que je poussais mon véo ... ) mais c'est de l'ordre de 5-10s.

Avoir une place plus proche de la sortie aurait également été une aide de quelques secondes sûrement.

Pour vraiment gagner beaucoup il me faudra plus de pratique et donc plus d'expérience.



C'est parti pour le vélo.

On débute par 4.5km de plat / faux-plat donc parfait pour réveiller les jambes.

Je bois un coup, mange ma pate de fruits et regarde le paysage magnifique.

De 4.5km à 13.5km ça monte.

Rien de foufou et tout ce qu'il y a de plus régulier mais au tout début de notre journée.

Je suis bien, j'ai prévu de monter cool donc je trouve mon rythme et c'est parti pour 9km.

Je me surprends à me sentir bien alors que cela monte.

Bonne surprise pour moi qui pensais souffrir dès le 5ème kilomètre :D

Durant la montée, à mon allure de sénateur, j'ai pu admirer le paysage splendide et surtout la vue panoramique sur le lac et la vallée.

Je fais donc les 9km à 18km/h de moyenne (400m de d+).

S'en suit la descente...

Première fois pour moi que je peux descendre "en montagne".

Route inconnue mais sans pression.

Je descends les 9.5km à presque 50km/h de moyenne.

Gros kiff, pas de frayeur, conscient qu'il faut faire attention pour la suite car le but reste de finir !


10km de plat (ou presque) plus loin avalés à plus de 35km/h de moyenne, on se retrouve à nouveau face à de la monté.

Petite côte sympa pour se mettre en bouche du 33 au 37ème puis descente vers l'instant de vérité.

Arrivé en haut sur un peu de plat j'entends une nana dire à une autre "c'était ça le mur ?", l'autre lui répondant "oui je crois"... d'un naturel sympathique je lance "non, c'est dans 3km".

Et en effet... 3km plus tard... Nous y sommes...

Le mur du parcours est face à nous : l'Enfer du Sud.

2km à 16% de moyenne avec des passes à 17 pour amuser les spectateurs.

Mon seul objectif est de monter sans jamais poser pied à terre.

Tout dans la tête car les jambes n'y seront pas.

Dès les premiers mètres je vois qu'autour de moi tout le monde est en galère, parfait.

Je décide de me mettre bien à droite et garder un rythme constant.

Développement tout à gauche je trouve mon tempo.

Passé le panneau "sommet 1km" je sais que la moitié est passée.

C'est à ce panneau que j'ai laissé mes jambes.

Maintenant il reste 1km à faire et tout avec la tête.

Ne rien lâcher, chaque coup de pédale me rapproche du sommet.

Ce n'est pas comme s'il y avait 5km !

Panneau "Sommet 500m", c'est hard.

Je suis dans le méga-dur.

Je fais abstraction de tout et me concentre sur mes cuisses, mes mollets, mes chevilles, mes pieds, les pédales.

Comme si tout ne faisait qu'un et que je ne pouvais pas faire autre chose que pédaler.

Arrivé à 2 virages du sommet on entend le bruit des tambours.

2 mecs poussent leurs vélos.

Je dois faire un écart mais vu la vitesse de chacun sans danger :D

Je passe les tambours, "Sommet 100m".

Je passe une dent et arrache mes pédales.

J'y suis, en haut de ce mur.

C'était difficile mais je l'ai fait.

Je n'ai rien lâché et n'ai pas craqué.

Ravitaillement, je prends de la boisson iso dans un beau bidon bleu "NatureMan".

Comme repéré sur le tracé altimétrique, après cette côte il y a 2km de plat avant une descente légère suivi d'une descente raide.

2km de plat OK mais VENT DE DOS !

Oh punaise, le kiff !

Couché sur les prolongateurs j'arrache mes pédales mais comme j'aime !

La vitesse grimpe.

Je passe les 50km/h je tape dedans mais en restant mesuré (il reste 50km + 20 à pied quand même ...).

Petite descente souple de 13km et -130m de dénivelé (39km/h de moyenne).

On entre dans la descente que j'avais noté "se méfier".

3km pour presque -200m de dénivelé ça ne rigole pas, ça descend et c'est très sinueux.

J'attaque quand même quand la route le permet.

Dans une ligne droite je passe un mec.

58ème kilomètre ...

J'arrive dans le virage à plus de 60km/h et il est revenu sur ma gauche.

Il me serre un peu, je freine pour ne pas sortir de la route mais impossible de rentrer dans le virage.

Je réduits ma vitesse tant que possible quand je constate qu'il ne me laissera pas éviter le ravin.

Je déclipse mes chaussures sachant que la chute est inévitable juste avant de basculer.

Au moment où ma roue avant passe dans le ravin je m'éjecte du vélo dans un "demi-tour" pour tenter d'arriver dans la pente pieds vers le bas et ventre à terre.

Les avants bras devant le visage je ferme les yeux.

Black-out.

Le cerveau a coupé la suite.

J'ouvre les yeux et constate donc que je suis en vie.

Je regarde rapidement si les jambes vont, les bas, les mains, les pieds.

OK, où est le vélo, je dois y retourner si possible.

Il est 10-15m plus bas à l'envers contre un arbre.

Je le récupère, et tente de remonter la pente.

Je suis presque 20m en contre-bas.

La remontée n'est pas simple avec le vélo mais je regagne la route.

J'ai mal à peu près partout sauf à la tête.

Je regarde le vélo, la chaîne a déraillé, je la remets en place.

2 tours de pédale à la main, la roue arrière est OK.

Je regarde la roue avant elle est là donc je monte sur le vélo.

Depuis que je suis ressorti du ravin tous ceux qui sont passé m'ont demandé si ça allait.

Voir un mec sortir d'un ravin avec son vélo doit surprendre...

Donc si j'analyse ma chute franchement c'était difficilement évitable.

J'ai freiné autant que possible mais ne pas pouvoir redresser ma trajectoire n'a pas aidé.

Les gravillons en bord de route non plus.

Le mec est vraiment un enculé car il ne s'est pas arrêté !

Bref j'ai plongé dans le ravin à 49m/h.

Je pense être le seul à avoir fait ce "détour" lors de la course [^.^]

J'écris le CR 2 jours après, je ne sais vraiment pas comment je suis encore en vie.

Mais je le suis et j'ai continué.

La réaction de survie que j'ai eu est la même que celle que j'utilisais (quand je faisais du roller ou du cross), elle ne fonctionne pas si mal.

Quand tu sais que c'est foutu, réduit le risque et protège toi...

Cet évènement passé je me suis dit que maintenant il ne pouvait plus rien m'arriver et que quoi qu'il advienne, je finirai ce Natureman.

Ce que je n'avais pas vu de suite c'est que ma roue avant s'était voilée.

Donc J'ai desserré la mâchoire du frein avant pour limiter le frottement sur les patins.

Je n'avais pas non plus vu que mon guidon s'était incliné vers l'avant.

Environ 15-20°.

Donc mains sur les cocotte je n'accède pas comme d'habitude aux freins (plus difficile) et surtout les prolongateurs pointent vers le bas.

Il reste 34km donc ça va le faire.

J'ai mal aux jambes à chaque poussée c'est un calvaire.

Je me suis écorché les deux avants bras en protégeant mon visage donc quand je me mets sur les prolongateurs je souffre.

Mais il reste 34km...

61ème kilomètre ça remonte, des crampes m'attaquent les deux jambes.

Je pose pied à terre, étire le tout et regarde rapidement si ma roue avant ne touche pas trop les freins.

Un spectateur en bord de route me dit "vous saignez, tout va bien", je lui réponds "oui, je viens de passer dans un ravin ça aurait pu être pire".

Le mec ouvre la bouche et ne dit rien.

Je repars.

On monte jusqu'à 63km, je me fais pas mal doubler.

Je suis touché, je ne peux pas pousser sur la jambe droite, mon genou me fait vraiment mal.

Descente de 2km, premier vrai test pour ma roue avant.

Je monte jusqu'à 50km/h ici et elle tient bon.

Elle ne frotte pas vraiment donc ça ira.

La direction a l'air OK (je me serais vautré sinon) donc je décide de rouler comme si de rien n'était.

Je ne suis pas du genre à prendre des risques inconsidérés mais ce n'est pas une chute qui génèrera de la peur.

Des gamelles j'en ai déjà pris donc si j'avais dû calmer le jeu c'était il y a longtemps, pas ce dimanche.

Petit enchaînement de montée/descente assez courtes (mais casse-patte).

Puis enfin le ravito, 72ème kilomètre.

Et oui, dans ma chute j'ai perdu mes deux bidons et toute ma bouffe (qui était dans une sacoche ouverte accrochée au cadre).

Donc en plus d'avoir mal partout depuis 14km j'ai soif :D

Je prends un bidon d'eau et un bidon de boisson ISO ainsi qu'une banane.

Je sais qu'il reste 20km mais surtout on attaque la dernière difficulté du parcours...

Du 73 au 77ème kilomètres cela monte de 200m.

Pas fou fou mais assez pour en fin de parcours bien faire mal.

Et en plus cela monte assez droit, donc tu vois que tu es dedans pour un moment.

Je monterai à une vitesse folle de 13.7km/h de moyenne :D

Une fois en haut et au bout de ma vie je sais qu'il reste que du "facile".

Une bonne descente avec des passages techniques et du plat/faux-plat.

Dans la dernière descente je fais même un passage à 60km/h ma roue voilée me faisant de l'oeil lorsque j'ai la tête planté dans les prolongateurs :)

Retour vers le parc à vélo.

Sur les deux derniers kilomètres je coupe mon effort, je l'ai bien mérité et je rentre entre 29 et 30km/h.

Relax.


Bilan de mon vélo,

Chrono officiel : 03:24:43

Classement officiel : 582 / 1082

Franchement je trouve que j'ai assuré.

La montagne, les montées je redoutais tout ceci.

Et j'y ai souffert mais c'est passé.

Ma moyenne de 27km/h est meilleure que ce que j'estimais.

Je termine le vélo éprouvé physiquement mais vraiment content de ma prestation.



Arrivé en seconde Transition

Alors soyons honnêtes je suis carbonisé.

Je décide de laisser mes chaussures sur le vélo et courir en chaussettes.

Mes douleurs aux genoux et principalement au droit me font peur et je ne suis pas certain de pouvoir courir avec les chaussures de vélo.

Je descends de ma monture et m'engage dans le parc.

Je décide même de couper le compteur GPS (pourquoi ???).

Je traverse encore une fois l'immense parc vélo à la main.

J'arrive à ma place et pose mes fesses.

Ceci était inutile puisque je ne changeais pas de chaussettes (pas de pluie pour une fois) mais j'ai trop mal aux genoux pour rester debout.

Machinalement je me prépare pour la CaP (retrait casque, mise des baskets...) mais je ne sais pas comment je vais pouvoir repartir et encore moins faire 20km !

Toujours machinalement je pars vers la partie course à pied.

Abandonner n'a JAMAIS été une option et ne le sera JAMAIS.


Bilan de ma transition,

Chrono officiel : 00:02:54

Classement officiel : 598 / 1082

Courir avec le vélo, arrêter le compteur ... bla bla bla, j'aurais pu gagner du temps.

Mais vu mon état moins de 3minutes c'est un super chrono pour moi.

Habituellement je mets 3min en changeant de chaussettes mais avec un parc plus petit.

Mais habituellement je ne suis pas passé dans un ravin...



La course à Pied...

Le début fût abominable.

J'avais mal partout, je ne me sentais pas bien et j'étais fatigué.

Donc j'ai pris 1 minute au premier ravito pour bien boire et manger (2 verres d'iso, un verre d'eau et 2 bouts de barres amande).

Puis on attaque.

Merde ça monte direct !

Mais ils sont fous !?

Bon ok, je dois avouer que cela monte, mais pas trop.

Sauf que mon genou droit n'a vraiment pas envie de me laisser courir.

Il lui faudra quelques centaines de mètres pour m'accorder ce privilège.

Quelques lllooooooonnnnnggggssss mètres.

Pendant lesquels on a bien le temps de se demander pourquoi on est là et pourquoi on s'inflige ça.

Et c'est là, à ce moment que je me suis dit : "mais en fait tu es là pour ça".

Et j'ai couru.

Oubliant mon genou, oubliant le sang sur les bras et mes jambes...

J'ai couru.

Jusqu'au prochain ravito :D


Encore un peu de barre amande, un verre d'iso et un verre d'eau.

Mon but maintenant : courir entre chaque ravito, même si je cours doucement.

Mais courir toujours.

Sauf qu'à 3.5km il y a le mur...

200m à 20% ok là tout le monde marche.

Après cela descend donc on court à nouveau...

Pour être franc je ne cours pas bien vite, mais le but est juste de ne pas marcher, me refaire la cerise et espérer que la forme revienne.

Surtout ne pas écouter mes sensations, ne pas écouter la douleur, continuer.

Cette idée ne me quitte pas, continuer.

Je croise des mecs qui marchent, des nanas qui marchent.

C'est dur pour tout le monde c'est certain.

On alterne forêt et plage, cailloux, terre, galets, rochers, trucs improbables.

Vers la fin du tour on passe sur une plage, magnifique vue sur le lac, et en bout de plage point de route ...

Il faut passer par les rochers pour remonter et retrouver le parcours.

Improbable, dépaysant, génial.

Là où certains luttent je vole, en descente dans les cailloux, sur les rochers, mon passé de petit jeune pêcheur de gobi sur les rochers de collioure ou nos courses sur les digues de blocs dans le port de Saint-Cyprien reviennent.

Je suis plus à mon aise sur ces terrains improbables que sur la terre.

Toute proportion gardée, car je suis à mon aise à 6:20/km !

On approche de la fin du premier tour, 8.5km et toujours pas les "marches" dont avait brièvement parlé Aurélien la veille.

Je suis toujours épuisé, je tente de survivre entre chaque ravito.

Le dernier était il y a déjà 3km ...

Et là une montagne entre moi et la suite.

Les gens crient en haut, les participants marchent péniblement.

Les "marches" sont là.

Moins raide que la côte de 20% car on zig-zag sur le flanc de la montée mais en pratique c'est bien raide.

Je monte à mon rythme.

Arrivé en haut un mec parle à son pote "regardes encore un qui est tombé", je le regarde et lui dit "moi c'était à vélo" et je continu.

On approche de la ligne d'arrivée, donc de la fin du premier tour.

Passage ravito, je prends des forces, la prochaine fois que je passe ici je ne m'arrête pas !

Courir sur le bitume est un calvaire pour mes genoux.

Je ne me suis pas loupé.

On passe devant le camping, c'est fun.

Retour au premier ravito, fin du premier tour.

Je tente de nettoyer un peu le sang sur mes bras et jambes (pourquoi ???).

Je bois et mange à nouveau.

On repart doucement.

Un autre participant sort du ravito en même temps que moi on marche l'un à côté de l'autre.

On se regarde, je lui dis "faut être fou quand même pour s'infliger ça" à quoi il répond "complètement même".

Sourire mutuel et on repart à toute petite foulée.

Je force un peu pour juger de mon état.

Check de la montre 5h15 de course.

Donc calcul rapide :

• Si je baisse les bras je termine en 6h40-45

• Si je maintiens mon allure je termine en 6h25-30 (j'étais sorti de T2 en 4h07)

• Si je me sors les tripes, vise les 6:00 de moyenne au kilo, je peux taper les 6h15

N'étant pas adepte du renoncement je vise naturellement l'option sub 6h15 et on s'arrache les pattes !

Après avoir marché 50m dans la petite montée avec un mot doux de la bénévole "vous marchez toujours ici vous ?"

Bah oui, je dois être le seul con à marcher là :D

Je lui réponds "oui, oui, quand ça monte je marche" avec un grand sourire.

Puis top, c'est parti pour la course contre moi-même.

1h à lutter contre toutes les alertes que le corps peut envoyer.

Au ravito je décide de me limiter à du liquide estimant avoir assez mangé.

Je cours jusqu'à la côte que je monte assez bien.

Je cours jusqu'au ravito suivant sachant qu'il serait mon dernier.

Un tuc pour avoir du salé, de l'iso et un peu d'eau pour couper le tout.

Je repars.

Sur ce tour je dépasse bon nombre de participants au bout d'eux-mêmes.

Moi aussi je suis déchiré, mais chaque fois que j'en double un cela me reboost !

C'est salaud mais dans ces moments la moindre source de motivation est bonne à prendre.

La plage, les cailloux, les rochers, les montées, les descentes, tout passe.

Arrive les marches.

Il restera 500m une fois en haut.

Je monte en dépassant des personnes en perdition.

Le corps est ainsi fait, il est capable de trouver des ressources au plus profond de lui quand tu en a le plus besoin.

Pendant cette montée de marches je repense à ma chute, à mon vélo tordu, à tous ces efforts pour être ici aujourd'hui.

Je suis en haut, retour sur le bitume, j'allonge la foulée.

Je passe devant le dernier ravito en les remerciant mais sans m'arrêter (comme prévu).

Dernier virage, les larmes aux yeux je cours vers le tapis violet et l'arche d'arrivée.

Je n'ai pas check ma montre depuis 8km.

J'ai couru contre moi-même plus que contre un chrono.

Je vois 6h29 indiqué sur l'arche.

Je passe la ligne.

Je coupe la montre.

Je m'écroule.

Je l'ai fait.

Je ferme les yeux, et tente de revenir à la vie.

J'ai mal partout j'ai souffert plus que jamais avant.

J'ouvre les yeux, je vois 6h14 à la montre... punaise les nanas sont parties 15min avant !

Je l'ai fait !

Le sub 6h15 !

Je l'ai fait !

Je me relève difficilement, je n'arrive pas à plier les genoux j'ai trop mal.

Mes deux jambes sont en sang du genou à la cheville, mon avant-bras droit également.

Mais je l'ai fait !!!


Bilan de la course à pied,

Chrono officiel : 02:07:11

Classement officiel : 678 / 1082

J'ai fait le premier 10km en 1h06 et le deuxième en 1h

Je ne pensais pas pouvoir souffrir autant et j'ai encore réussi à dépasser cela, me focaliser sur ma course, mon alimentation...

Mon chrono CaP est ridicule, j'espérais mieux, mais il faut être sérieux, le vélo m'a bien fatigué et le parcours Trail n'est pas ma spécialité.

Je suis surtout content d'avoir fini.



Passage à la tente médicale pour faire nettoyer mes plaies.

Passage au ravito de fin pour manger et boire un peu.

Passage au officiels récupérer mon diplôme.

Puis repos devant la ligne d'arrivée pour attendre Lorenzo.

Aurélien a fini avant (son chrono : 5h36) mais impossible de le retrouver.

Lorenzo arrivera une petite heure après moi (son chrono : 7h20).

L'attendre m'a permis de constater que cette course est difficile et que quel que soit ton chrono c'est formidable de la finir.

Les premiers sont sur une autre planète, la course se gagne en 4h13 cette année... hallucinant.

Mais à mes yeux les participants dépassants leurs limites, acceptant que malgré la difficulté il faut continuer se valent quel que soit leur chrono.

Une fois Lorenzo arrivé je le félicite, l'aiguille vers les stands qui l'intéressent (pizza, boisson ...) puis on se pose.

On échange sur la difficulté de la course, sur notre ressenti...

Aurélien nous rejoint, autour d'une bière (jus de poire pour moi) on se repose un peu.

Puis il est temps de partir chercher le vélo.

Puis passage à la douche bien mérité.

Le soir c'est brasserie conviviale, apéro, entrecôte, frites, fromage, dessert.

Un repas comme je n'en avais pas fait depuis des mois voire plus.

La nuit dans la tente fût encore difficile (pas d'oreiller et matelas inexistant) mais avec la fatigue de la veille presque complète.


Le lendemain matin étant synonyme de retour, nous n'avons pas trop trainé.

Passage à la boulangerie du village pour récupérer des viennoiseries (nouveauté 2017 pour moi ... ou presque).

Petit-dej rapide puis remballage de matériel.

Mini détour en voiture pour prendre 2-3 photos du coin.

Puis retour sur paris...




Bilan de la course,

Chrono officiel : 06:14:41

Classement officiel : 563 / 1082

Je fais donc une super natation, un vélo correct (mais top par rapport à ce que j'imaginais) et une CaP en mode survie.

J'ai adoré cette course.

Elle est vraiment difficile.

Mais le coin est tellement beau.

J'ai deux regrets : Ne pas avoir pu y aller en famille pour partager avec eux ce coin splendide, et ne pas y être resté plus pour en profiter davantage.

Donc je reviendrai.




Les blessures superficielles du miraculé.


Les photos bonus.




La suite de 2017 sera sous le signe de la récup puis du début de la prépa IM ...

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